
Neo residenti : le régime forfaitaire italien pour hauts patrimoines
Le montant du forfait a été relevé de 100 000 € à 200 000 €, puis à 300 000 €. Beaucoup de pages en sont restées au premier chiffre.
Mis à jour le
Le principe
Un contribuable qui transfère sa résidence fiscale en Italie peut opter pour un impôt forfaitaire substitutif qui remplace l'IRPEF sur l'ensemble de ses revenus de source étrangère, quel qu'en soit le montant. Le forfait s'élève à 300 000 € par an pour ceux dont la résidence est acquise à compter du 1er janvier 2026, et l'option vaut quinze ans au maximum.
Combien coûte le forfait
L'extension aux membres de la famille est optionnelle et se demande individuellement. Elle produit sur chaque bénéficiaire le même effet que l'option principale.
| Résidence acquise | Forfait annuel | Par membre de famille |
|---|---|---|
| Avant le 10 août 2024 | 100 000 € | 25 000 € |
| À compter du 10 août 2024 | 200 000 € | 25 000 € |
| À compter du 1er janvier 2026 | 300 000 € | 50 000 € |
Ce que le forfait couvre, et ce qu'il ne couvre pas
Couvert
Tous les revenus de source étrangère : dividendes, intérêts, plus-values, revenus fonciers hors d'Italie, redevances. Le forfait s'y substitue quel que soit le montant réellement perçu.
Non couvert
Les revenus de source italienne, imposés au barème ordinaire. Un salaire versé par une société italienne ou un loyer sarde reste pleinement imposable.
L'exception qui surprend
Les plus-values sur participations qualifiées réalisées dans les cinq premières années d'option sont exclues du forfait et imposées normalement. La règle vise les cessions préparées avant l'installation.

Les conditions
Un interpello préventif auprès de l'Agenzia delle Entrate reste possible avant de s'engager. La pratique est courante sur ce régime, dont l'enjeu financier justifie une confirmation écrite de l'administration.
- Transférer sa résidence fiscale en Italie au sens du droit italien
- Ne pas avoir été résident fiscal italien pendant au moins neuf des dix périodes d'imposition précédant l'option
- Exercer l'option dans la déclaration de revenus de l'année du transfert ou de la suivante
- Payer le forfait en une fois, à l'échéance du solde d'impôt
Un régime qui se perd
Le défaut de paiement du forfait à l'échéance fait tomber l'option, et le contribuable revient au régime ordinaire pour l'année concernée. Le régime cesse également si la résidence fiscale italienne n'est plus caractérisée, ou par renonciation. La sortie n'est jamais rétroactive sur les années déjà couvertes.
Ce que l'Agenzia delle Entrate examine dans l'interpello
L'administration impose une check list à joindre à la demande d'interpello. Elle comporte quatre sections : identité, nationalité et résidences passées, absence de résidence fiscale italienne sur neuf des dix dernières années, puis extension éventuelle aux membres de la famille, chacun d'eux remplissant ensuite sa propre check list. La demande peut être déposée avant le déménagement, quand la résidence italienne n'est pas encore acquise.
Les liens familiaux
Un conjoint ou des enfants qui ont résidé ou séjourné en Italie plus de 90 jours dans l'année, ou des enfants scolarisés en Italie.
Le logement
Un logement italien effectivement habité plus de 90 jours par an, quel que soit le titre : propriété, location ou prêt.
Patrimoine et revenus
Mandats d'administrateur dans des sociétés italiennes, comptes bancaires, immeubles, véhicules ou bateaux immatriculés en Italie, revenus de source italienne.
Le piège de la maison de vacances
Un point se coche dès que la situation a existé pendant au moins deux des dix années examinées. Un habitué qui séjourne plus de trois mois par an dans sa maison de Sardaigne doit donc prouver que le centre de ses intérêts vitaux se trouvait bien à l'étranger.
Ce que l'option apporte en plus de l'impôt sur le revenu
Pendant toute la durée de l'option, trois allègements s'ajoutent au forfait.
Pas de quadro RW
Le contribuable est dispensé de remplir le quadro RW, la déclaration italienne des avoirs détenus à l'étranger.
Ni IVIE ni IVAFE
Il ne paie ni l'IVIE sur les biens immobiliers situés hors d'Italie ni l'IVAFE sur les comptes et placements étrangers. Pour un patrimoine important, ces deux impôts patrimoniaux pèsent autant que l'économie d'IRPEF.
Successions et donations
L'impôt italien sur les successions et donations ne s'applique pas aux biens détenus à l'étranger. L'avantage reste purement fiscal : les règles civiles de la succession, dont la réserve héréditaire, ne changent pas, et la transmission d'un bien situé en Italie, une villa en Gallura par exemple, reste taxée normalement.
Exclure certains pays du forfait
Le contribuable peut choisir de laisser hors du forfait les revenus provenant d'un ou plusieurs États. Ces revenus sont alors imposés au barème italien, avec un crédit pour l'impôt payé dans le pays d'origine, et les avoirs situés dans ces États redeviennent soumis au quadro RW, à l'IVIE et à l'IVAFE.
Pour un Français qui garde des revenus en France, la question se pose concrètement : selon la nature des revenus et la convention de 1989, il peut être plus intéressant de les sortir du forfait ou de les y laisser. C'est un calcul à faire pays par pays avec un fiscaliste, avant de remplir la déclaration qui exerce l'option.
À qui cela s'adresse réellement
Le calcul est arithmétique : le forfait devient intéressant quand l'IRPEF ordinaire sur les revenus étrangers dépasserait 300 000 €. Cela suppose des revenus étrangers de plusieurs centaines de milliers d'euros par an, ce qui limite le dispositif à un public très restreint.
Pour un retraité français avec une pension ordinaire, la comparaison n'a pas lieu d'être : c'est la flat tax à 7 % qui s'applique, dans une commune de moins de 30 000 habitants. Le régime des impatriés, lui, vise les actifs qui viennent travailler en Italie.
Les cumuls
La flat tax à 7 % et le forfait des neo residenti s'excluent. Le cas des impatriés est plus subtil : faute de texte, l'Agenzia delle Entrate a admis qu'une même personne applique l'abattement des impatriés à ses revenus de travail italiens et le forfait à ses revenus étrangers. Le décret-loi fiscal n° 38/2026, converti par la loi n° 88 du 22 mai 2026, interdit ce cumul pour les résidences fiscales acquises à partir de 2027.
Le lien avec la Sardaigne
Il est faible, et il faut le dire. Le régime est national : ni le montant du forfait, ni la durée, ni les conditions ne dépendent de la commune de résidence. Rien n'y correspond à la condition des 30 000 habitants de la flat tax.
La Sardaigne entre dans l'équation pour d'autres raisons : le cadre, la desserte aérienne depuis le continent, et le marché immobilier haut de gamme de la Costa Smeralda. Ce sont des arguments de vie, pas des arguments fiscaux. Pour la fiscalité courante d'un résident, voir la fiscalité France-Italie.

Un point pratique compte davantage : la caractérisation de la résidence fiscale italienne suppose une présence réelle. Une résidence secondaire estivale ne suffit pas.
Depuis 2024, le droit italien distingue nettement deux notions. La résidence au sens du code civil est le lieu où l'on demeure habituellement. Le domicile fiscal est le lieu où se nouent principalement les relations personnelles et familiales. L'un ou l'autre, pendant plus de la moitié de l'année, suffit à faire de vous un résident italien, tout comme la présence physique ou l'inscription à l'anagrafe. Un conjoint et des enfants restés en France fragilisent donc le dossier, même avec un logement en Sardaigne.
Ce que nous ne publions pas
Ni simulation, ni comparaison chiffrée avec la fiscalité française, ni montage patrimonial. Ce régime engage plusieurs centaines de milliers d'euros par an et s'articule avec la convention fiscale franco-italienne, les règles d'exit tax françaises et le droit des successions. Il se prépare avec un avocat fiscaliste et un commercialista, avant le déménagement.
Fondé sur l'article 24-bis du TUIR et ses modifications successives, et sur les instructions de l'Agenzia delle Entrate pour la check list de l'interpello (provvedimento du 8 mars 2017). Vérifié le 24 août 2026. Les montants ont été relevés deux fois depuis 2024 : confirmez le forfait applicable à votre date de transfert.
Questions fréquentes sur les neo residenti en Italie
Combien coûte le régime des neo residenti ?
300 000 € par an pour une résidence fiscale acquise à compter du 1er janvier 2026, et 50 000 € par membre de famille rattaché. Ceux qui sont entrés plus tôt conservent le montant en vigueur à leur date de transfert.
Quels revenus le forfait remplace-t-il ?
Tous les revenus de source étrangère, quel que soit leur montant. Les revenus de source italienne restent imposés au barème ordinaire, de même que certaines plus-values sur participations qualifiées cédées dans les cinq premières années.
Combien de temps dure l'option ?
Quinze périodes d'imposition au maximum. Elle prend fin par renonciation, par perte de la résidence fiscale italienne, ou par défaut de paiement du forfait à l'échéance.
Peut-on cumuler avec la flat tax à 7 % ?
Non, les régimes préférentiels italiens ne se cumulent pas. Un retraité avec une pension ordinaire relève de la flat tax à 7 %, dans une commune de moins de 30 000 habitants, pas du régime des neo residenti.
Quelle est la différence entre le domicile et la résidence fiscale ?
En Italie, depuis 2024, le domicile désigne le lieu des principales relations personnelles et familiales, et la résidence le lieu de demeure habituelle au sens du code civil. Chacun de ces critères, comme la présence physique ou l'inscription à l'anagrafe, suffit à rendre résident fiscal s'il est rempli plus de la moitié de l'année.
S'installer en Sardaigne change-t-il quelque chose ?
Non, le régime est national : le montant, la durée et les conditions ne dépendent pas de la commune. Aucune condition de taille de commune ne s'y applique, contrairement à la flat tax à 7 %.

