
Expérience Orgosolo : Murales et culture avec un déjeuner typique
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Photo : Shardan · CC BY-SA 2.5Un pecorino que l'on laisse volontairement aux larves de la mouche du fromage. Ce qu'il est, ce que dit la loi, ce qu'il coûte vraiment et comment on y goûte en Sardaigne.
Mis à jour le
Oui pour la vente, non pour la fabrication familiale. Le casu marzu ne peut être vendu nulle part, ni en Italie ni ailleurs dans l'Union européenne : la loi italienne de 1962 et les règles d'hygiène européennes de 2004 interdisent de commercialiser un aliment envahi de parasites. Les bergers de Barbagia continuent pourtant d'en faire chaque été pour leur famille, et la Région l'a inscrit sur sa liste des produits traditionnels, ce qui ne le rend pas vendable. On y goûte donc sur invitation, jamais en boutique.
Le casu marzu (casu martzu en sarde, formaggio marcio en italien) veut dire « fromage pourri ». C'est un pecorino de brebis, le plus souvent un fiore sardo, dans lequel on laisse pondre la mouche du fromage, Piophila casei. Ses larves se nourrissent de la pâte et poussent la fermentation bien au-delà d'un affinage normal.
Le résultat est une pâte molle, presque coulante, d'où suinte un liquide que les Sardes appellent lagrima, la larme. Les larves sont blanches, translucides, longues d'environ 8 mm, et elles ont une particularité qui fait toute la réputation du fromage : dérangées, elles sautent jusqu'à 15 cm.
Chaque vallée a aussi son nom pour lui. Wikipédia recense casu frazigu, casu modde et casu cundhídu. À Mamoiada, en Barbagia, le site de la commune cite aussi casu becciu, casu fattittu, casu gumpagadu, hasu muhidu et hasu martzu, où le « h » note la prononciation locale du « c ».

Lait
Brebis, sur une base de pecorino ou de fiore sardo.
Insecte
Larves de Piophila casei, environ 8 mm, qui sautent.
Terroir
Intérieur de l'île, surtout la province de Nuoro.
Tout commence vers la fin juin, quand l'herbe sèche. Les bergers laissent un pecorino qui n'a pas fini son affinage dans un endroit aéré, pour que la mouche vienne pondre. Selon le site gastronomique Scatti di Gusto, un temps de sirocco passe pour favorable. Les œufs éclosent et les larves attaquent la pâte de l'intérieur.
Il faut ensuite environ trois mois. Autrefois, le fromage tenait rarement au-delà de septembre. Aujourd'hui, beaucoup le gardent en bocaux de verre. Le froid endort les larves et fige l'évolution, ce qui permet de le garder plus longtemps au réfrigérateur.
Les producteurs de Mamoiada décrivent le bon moment avec précision : le fromage n'est pas prêt quand les larves apparaissent. Il l'est quand le cœur est presque entièrement mangé, que les larves se font plus rares et qu'une crème humide, blanc-jaune, tapisse le fond de la croûte. Une fois les larves parties, il faut le manger vite : la pâte vire au gris ou au brun et perd son goût.
Existe-t-il une recette du casu marzu ?
Pas au sens d'un plat. Le casu marzu ne se cuisine pas : c'est un affinage confié à un insecte, que les familles reproduisent chaque été avec leur propre pecorino. Les tutoriels « maison » oublient l'essentiel : sans fromage fermier sain et sans contrôle de la ponte, le risque bactérien est réel.
L'interdiction ne vise pas le casu marzu par son nom. Elle vient de deux textes généraux. En Italie, l'article 5 de la loi n° 283 du 30 avril 1962 interdit de vendre des aliments « souillés » ou « envahis de parasites ». À l'échelle européenne, le « paquet hygiène » de 2004 (règlements CE 852/2004, 853/2004 et suivants) impose des conditions sanitaires qu'un fromage peuplé de larves vivantes ne peut pas remplir.
Dans les faits, l'application est sporadique. Le fromage circule sous le manteau, entre bergers, familles et clients de confiance. Nous n'avons trouvé aucune saisie ni condamnation récente rapportée par la presse sarde ou nationale.
Le casu marzu figure sur la liste des prodotti agroalimentari tradizionali de la Sardaigne, une reconnaissance réservée aux méthodes pratiquées sans interruption depuis au moins 25 ans. Les sources divergent sur la date, 2004 selon l'agence AGI, 2005 selon Il Post. Ce statut ouvre la porte à des dérogations, mais l'agence AGI le rappelle : il ne rend pas le produit commercialisable, et le casu marzu n'a jamais rempli les conditions d'une AOP.
En 2005, des éleveurs et la faculté de médecine vétérinaire de Sassari ont tenté de rendre le fromage conforme : l'institut d'entomologie élevait des Piophila casei en milieu contrôlé, pour éviter des mouches passées sur des déchets ou des charognes. Les essais menés dans la fromagerie de l'agence régionale Agris ont donné des résultats inégaux, et vingt ans plus tard, aucune dérogation n'a été accordée.
Le 25 janvier 2023, le député sarde Dario Giagoni (Lega) a interrogé le ministre de l'Agriculture : l'Union européenne venant d'autoriser certains insectes comme aliments, pourquoi pas le casu marzu ? La question est restée sans suite. Le même article de l'Unione Sarda évoque, pour le vendeur, une amende pouvant aller jusqu'à 50 000 €. Le chiffre est repris par la presse, nous n'avons pas pu le vérifier dans un texte de loi.
Les règles d'hygiène européennes s'appliquent aussi en France : aucun commerce français ne peut en vendre, et toute annonce en ligne qui en propose sort du cadre légal. La Corse a pourtant son cousin, le casgiu merzu, encore fait dans certains villages. Le casu marzu reste un fromage sarde : quelques sites le présentent comme corse, c'est une erreur.
| Situation | Statut | Source |
|---|---|---|
| Vendre en boutique, au marché ou au restaurant | Interdit | Loi 283/1962, art. 5, et paquet hygiène UE 2004 |
| Fabriquer pour sa famille | Pas explicitement un délit | Dario Dongo, juriste en droit alimentaire, dans Il Post (juin 2025) |
| Liste des produits traditionnels (PAT) | Inscrit au milieu des années 2000 | AGI (2021), Il Post (2025) |
| Dérogation sanitaire | Aucune obtenue à ce jour | Il Post (juin 2025) |
Puisqu'il ne se vend pas légalement, il n'a pas de prix officiel. Les estimations sérieuses tournent autour de 15 à 25 € le kilo dans le circuit informel, soit à peu près le prix d'un bon pecorino fermier, parfois un peu plus. Le chiffre de « près de 1 000 € le kilo », vu dans un reportage télévisé français, ne s'appuie sur aucune source et contredit tous les autres.
| Source | Prix avancé |
|---|---|
| Agence AGI (mars 2021) | 15 à 20 € le kilo, sous le manteau |
| Scatti di Gusto (avril 2021) | 15 à 20 € le kilo |
| Il Post (juin 2025), d'après un agriturismo | Environ 25 € le kilo |
| Wikipédia | Environ 3 fois le prix du pecorino |
| Reportage TF1 | Près de 1 000 € le kilo, sans source |
Aucune carte de restaurant ne l'affiche, et aucune adresse ne peut vous le garantir. Le casu marzu se goûte sur invitation : un berger, une famille, un agriturismo qui vous connaît et qui en sort une part hors menu, à l'antipasto. C'est ainsi que le décrit Il Post, qui a interrogé des producteurs en 2025 : on le fait surtout pour la famille et les amis.
Les meilleures chances se trouvent là où il est fabriqué, dans l'intérieur pastoral de la province de Nuoro : la Barbagia et les villages autour de Nuoro, Mamoiada, Gavoi, Orgosolo. Demander poliment, montrer qu'on connaît le fromage et ne pas insister vaut mieux que d'arriver en touriste à la recherche du « fromage aux vers ». Et l'été, les larves se raréfient, signalent les producteurs de Mamoiada : tout le monde n'en a pas chaque année.
Hors de Sardaigne, la seule façon sûre de le voir est un musée : le Disgusting Food Museum de Malmö, en Suède, l'expose parmi les aliments les plus repoussants du monde.
Les sorties chez les bergers de Barbagia restent la façon la plus simple d'approcher ce monde. Elles ne servent pas de casu marzu, la loi l'interdit, mais on y mange le pecorino du berger, le pane carasau et la cuisine de l'intérieur, et on peut toujours poser la question au berger.

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Voir prix & disposLe goût est celui d'un vieux pecorino poussé à l'extrême : très fort, piquant, presque épicé, avec une longueur en bouche qui dure plusieurs minutes. Le site Paroles de Fromagers le compare à un fromage fort lyonnais, en plus puissant. La texture est celle d'une crème épaisse.
On découpe le dessus de la croûte comme un couvercle, puis on puise la crème à la cuillère, ou on coupe le fromage en quartiers. Il se tartine sur du pane carasau, parfois humecté, et s'accompagne d'un rouge corsé, un cannonau de préférence. Les larves se mangent ou s'écartent, au choix. Comme elles sautent, beaucoup mettent une main devant les yeux en approchant la tartine de la bouche.
La crainte principale est la pseudo-myiase intestinale : des larves avalées vivantes qui survivraient à l'estomac et irriteraient l'intestin, avec nausées, vomissements, douleurs abdominales, voire diarrhées sanglantes. Le professeur Antonio Farris, de l'université de Sassari, a soutenu l'inverse : l'acidité gastrique ne laisse pas survivre les larves, et un fromage bien fait n'a jamais rendu personne malade.
Il n'existe aucun décès ni aucune intoxication officiellement recensés liés au casu marzu, comme le rappelait encore Il Post en 2025. La littérature médicale décrit bien des myiases accidentelles à Piophila casei (Nocera et Crotti, Microbiologia Medica, 2009), sans que le fromage sarde soit mis en cause de façon documentée.
Le vrai risque est ailleurs : une production sans aucun contrôle sanitaire, au lait cru, dont la qualité dépend entièrement du berger. Par simple prudence, ce n'est pas un fromage à faire goûter à un enfant, à une femme enceinte ou à une personne fragile.
Le casu marzu a-t-il des bienfaits ?
Aucun bienfait démontré. Aucune étude ne prête au casu marzu de vertu particulière pour la santé, en dehors de ce qu'apporte n'importe quel fromage de brebis. Les articles qui vantent ses « bienfaits » ne citent pas de source.
Le titre de « fromage le plus dangereux du monde » vient du Guinness World Records de 2009. C'est une formule de recordman plus qu'un constat médical, mais elle a fait le tour des médias et explique l'essentiel des recherches sur le sujet.
L'origine du fromage se perd dans la vie pastorale. Certains auteurs la font remonter à l'époque romaine, sans texte qui le prouve. La plus ancienne recette écrite repérée date de 1909, dans La nuova cucina delle specialità regionali de Vittorio Agnetti. Pour l'auteur gastronomique sarde Giovanni Fancello, interrogé par l'agence AGI en 2021, il « fait partie de notre histoire », né « du hasard et d'événements magiques ».
La presse étrangère a fait le reste. En 2000, le Wall Street Journal le décrivait comme une « glu visqueuse et puante ». Le fromage a ensuite rejoint les guides de cuisine extrême et les listes de « fromages les plus dégueulasses », une place qu'il partage avec d'autres fromages italiens à asticots, comme le marcetto des Abruzzes. La mimolette française, parfois citée à côté, n'a rien à voir : ce sont des acariens, pas des larves, qui travaillent sa croûte.
Si le casu marzu reste hors d'atteinte, son fromage de départ ne l'est pas. Les bergers de Barbagia vendent leur pecorino directement, et la cuisine sarde compte trois fromages de brebis sous appellation, tous en vente libre et faciles à rapporter.
Le plus proche du casu marzu, puisque c'est souvent sa base. Lait cru de brebis, présure d'agneau, fabrication à la ferme autour de Gavoi, parfois légèrement fumé. Jeune, il se mange à l'apéritif. Vieux, il se râpe. Le Presidium Slow Food « Fiore sardo dei pastori » protège celui des bergers.
Au lait entier de brebis, en deux versions : dolce, affiné 20 à 60 jours, tendre et doux, et maturo, affiné plus de deux mois, plus sec et plus piquant. Le maturo donne une petite idée de la force du casu marzu, sans les larves.
Le pecorino dell'Alta Baronia, dans l'arrière-pays de Siniscola, a aussi son Presidium Slow Food. Pour finir le plateau, la ricotta mustia, salée, séchée et fumée, est une spécialité de l'intérieur qu'on trouve chez les bergers.
À Mamoiada, la commune liste aussi la ricotta sèche, les paneddas ou casizolu au lait de vache et su joddu, un lait caillé. Le village des Mamuthones est une bonne étape pour acheter directement au producteur.

Loi italienne n° 283 du 30 avril 1962, art. 5. Règlements CE 852/2004 et 853/2004. Statut PAT, projet Sassari-Agris et prix : agence AGI (26 mars 2021), Il Post (12 juin 2025), Scatti di Gusto (28 avril 2021). Question parlementaire : Unione Sarda (25 janvier 2023). Noms locaux et maturité : commune de Mamoiada. Larves, Guinness 2009 et pseudo-myiase : Wikipédia (article Casu martzu). Presìdi Slow Food : Fondazione Slow Food. Vérifié le 3 novembre 2026.
Le casu marzu, oui : sa vente est interdite par la loi italienne de 1962 sur l'hygiène des aliments et par les règlements européens de 2004. Les autres fromages sardes, comme le pecorino sardo ou le fiore sardo, se vendent librement.
Il est affiné par des larves vivantes de la mouche du fromage, Piophila casei. Elles décomposent la pâte du pecorino jusqu'à la rendre crémeuse et piquante. Les larves sautent quand on les dérange.
Il n'a pas de prix officiel puisqu'il ne peut pas être vendu. Dans le circuit informel, les sources sérieuses citent 15 à 25 euros le kilo. Le chiffre de 1 000 euros le kilo qui circule n'est pas étayé.
C'est subjectif, mais le casu marzu arrive presque toujours en tête des classements, grâce à ses larves vivantes et à son titre de fromage le plus dangereux du monde au Guinness 2009. Il est exposé au Disgusting Food Museum de Malmö.
Non. Les règles d'hygiène européennes s'appliquent en France comme en Italie, et aucun commerce ne peut le vendre légalement. La Corse a un fromage proche, le casgiu merzu, fait dans certains villages pour la consommation familiale.
C'est au choix. Beaucoup de Sardes les mangent avec la crème, d'autres les écartent. Comme elles sautent, on protège ses yeux d'une main en portant la tartine à la bouche.
Aucun décès ni aucune intoxication liés au casu marzu n'ont été officiellement recensés. Le risque évoqué est une pseudo-myiase intestinale, contestée par des chercheurs de l'université de Sassari. Le danger réel tient surtout à l'absence de contrôle sanitaire.